Baisse de cotisations, augmentation de la CSG… Macron malmène notre Protection Sociale

Baisse de « charges » pour les entreprises : une bonne nouvelle ?

C’est l’une des mesures d’Emmanuel Macron promise aux employeurs et expliquée à grands renforts de courbes et de schémas par François Lenglet à 20h sur France 2 : il va diminuer le coût du travail en baissant les charges qui pèsent sur les entreprises ! Pour cela, le gouvernement souhaite faire disparaître les cotisations maladie et les cotisations chômage payées par tous les salariés. Cette mesure sera financée par une hausse de 1,7 points de la Contribution Sociale Généralisée (CGS). Bonne nouvelle : cette bascule permettra un gain net d’environ 500 euros par an pour un salarié qui gagne 2 200 euros net par mois ! Il souhaite également rétablir l’exonération de cotisations – patronales et salariales – pour les heures supplémentaires. On va pouvoir travailler plus pour gagner plus.

La Protection Sociale malmenée…

Emmanuel Macron présente la diminution des cotisations sociales comme une augmentation de salaire : « Nous augmenterons le revenu net de chacun, en réduisant les cotisations sociales ». Si la suppression des cotisations salariales va bien avoir pour effet d’augmenter le salaire net, c’est néanmoins une très mauvaise nouvelle sur le plan de la Protection Sociale !

Au cœur, la Sécurité Sociale

L’Histoire de la Sécurité Sociale trouve racine en 1945 dans le Programme du Conseil National de la Résistance qui se prononce juste après guerre pour : « un plan complet de Sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail avec gestion appartenant aux représentants des assurés et de l’État et une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ». Indépendamment de sa situation professionnelle, tout citoyen doit être protégé contre tous les risques sociaux. La Sécu traduit une aspiration des peuples à un ordre social de paix et de progrès social. Il faut souligner le rôle important de militants de la CGT dans cette création. D’abord Ambroise Croizat, dirigeant communiste et secrétaire général de la Fédération des métaux, mais aussi Georges Buisson et Henri Raynaud, l’un et l’autre secrétaires de la CGT (nous vous recommandons le film La Sociale de Gilles Perret, disponible dans notre DVDthèque). Alors que le pays sort de la guerre, la Sécurité Sociale jouera un rôle positif sur la conjoncture économique et pour le maintien du niveau de vie. La réduction des inégalités devant l’accès aux soins atténue la conflictualité. Elle concourt à une force de travail en meilleur état, ce qui porte des effets positifs pour la productivité. Mais surtout, la Sécurité Sociale est la mise en œuvre d’une idée révolutionnaire : elle donne le pouvoir de décision et de gestion aux travailleurs et se passe à 100% du Capital ! Et ce n’est pas du goût de tout le monde…

La Protection Sociale, comment ça marche ?

Chaque mois, une partie de notre salaire est prélevée pour alimenter les caisses, notamment de la Sécurité Sociale sous forme de cotisations salariales et patronales (voir cette vidéo). Il s’agit donc bien d’une partie de notre salaire qui est socialisée pour servir à la collectivité (et donc, à chacun). Cette caisse permet de prévenir de tous les « risques » de la vie comme le chômage, la vieillesse, la famille et la maladie (incluant les accidents du travail et les maladies professionnelles).

Moins de cotisations c’est moins de prestations

Seulement voilà, si on baisse les cotisations salariales, on appauvrit cette caisse imaginée par et pour les travailleurs. Moins d’argent dans les caisses, c’est moins de prestations qu’il faudra compenser par des dépenses supplémentaires : une assurance santé, une retraite complémentaire, etc… Ces frais supplémentaires, chacun devra les payer sur la base de… son salaire net ! Vous comprenez la manœuvre : ce qui était prélevé à la source (du salaire brut) pour répondre à nos besoins vitaux, nous devrons le racheter sur la base de notre salaire net ! Avec, en passant, une petite marge prise par les compagnies d’assurance.

Une politique libérale bien menée

Voilà précisément le modèle proposé par le président Macron : l’avènement de l’assurance privée contre la Sécurité Sociale. Les mêmes prestations mais soumises au profit. Et ce petit jeu libéral est rondement mené. Successivement les gouvernements ont détricoté le modèle social français :

  • On a culpabilisé les travailleurs : « vous avez creusé le Trou de la Sécu« , « il n’y a pas assez d’actifs pour financer le régime des retraites » ou encore « il faut baisser le coût du Travail » jusqu’à ce qu’ils doutent eux-mêmes de la qualité du système social que leurs grand-parents avaient créé,
  • On a modifié le rapport de force entre cotisations salariales et patronales en faveur des employeurs,
  • On a rendu obligatoires les mutuelles d’entreprises, bourrant le crâne des salariés de l’idée selon laquelle la Sécu s’effondrerait,
  • On a entretenu une haine des salariés du privé vis-à-vis du service public (notamment en baissant les moyens alloués au bon fonctionnement de ces services afin de favoriser le secteur privé);
  • On a dégouté les gens de la politique, aseptisé le débat national…

C’est en fait tout un système organisé au profit d’intérêts privés, au plus haut sommet de l’État. Et ça marche puisque de notre côté nous ne votons plus aux élections nationales ni professionnelles. Nous subissons cet ordre du monde « moderne » en regardant, par la fenêtre de nos bureaux, nos droits être bafoués. Nous sommes résignés. Comme le disait Warren Buffett (milliardaire) sur CNN en 2005 : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner ».

Dans ce climat qui perdure depuis plusieurs dizaines d’années, il semble impossible d’envisager la mise en œuvre d’une politique ambitieuse de services publiques, d’une alternative.

Augmentation de la CSG

La contrepartie de la suppression des cotisations salariales d’après Macron, c’est l’augmentation de la CSG de 1.7%. Double peine donc puisque non seulement la réforme nous prive d’une partie de notre salaire indirect, mais elle nous taxe par le biais d’un impôt universel : la CSG. C’est un impôt qui participe à la protection sociale mais qui dépend directement du budget de l’État (qui peut donc couper le robinet quand bon lui semble). De plus, pour les 60 % de retraités qui paient une CSG à taux plein, l’impact de cette mesure sur leur salaire sera spectaculaire. La vraie solution, c’est plus de cotisation pour des prestations de Protection Sociale plus importantes.

Le 23 août 2017, tous les grands médias ont apporté une précision sur le calendrier de ces mesures : finalement la suppression des cotisations est reportée à une date ultérieure. Même si le journaliste s’inquiète de cette « catastrophe » pour le pouvoir d’achat des ménages, c’est donc une semi-bonne nouvelle pour notre modèle de Protection Sociale. Néanmoins, la CSG sera bien augmentée en temps et en heure… Il ne faudrait pas faire trop dans le social…

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