L’intéressement, qu’est-ce que c’est ?
À l’Institut Curie, un accord d’entreprise de 2015 prévoit qu’une partie des bénéfices de l’Ensemble Hospitalier soit redistribuée à ses personnels lors d’une campagne annuelle d’intéressement. Pour cela rien de plus simple : si nous remplissons collectivement les objectifs de l’année, une enveloppe est répartie entre nous. Ainsi, en 2016, nous avons partiellement rempli nos objectifs ce qui va permettre à la Direction de débloquer 315 000€, soit 176,48€ bruts par personne. Cela semble une bonne nouvelle pour les salariés de l’EH : ce complément de rémunération tombe à pic pour les vacances d’été.
En 2016, et en parallèle, des accords relatifs au Plan d’Epargne Entreprise et au Plan d’Epargne pour la Retraite COllectif mettent en place des offres d’épargne salariale avec un partenaire : Amundi. Le montant de l’intéressement peut donc être capitalisé, avec un abondement de la Direction. Un mail adressé par la Direction des Ressources Humaines il y a quelques jours nous a donc donné une feuille de route pour faire le meilleur choix :

La CGT n’a signé aucun de ces trois accords.
Pourquoi la CGT n’a pas signé
Donner une prime d’intéressement, qu’est-ce que cela sous entend ?
Pour comprendre la position de la CGT sur l’intéressement, il faut en détailler les ressors. Revenons à la base : lorsque les salariés travaillent ils produisent de la richesse (directement ou indirectement). Si en fin d’année comptable la richesse créée est supérieure aux dépenses une partie des bénéfices doit être redistribuée, une autre investie, une dernière va au profit. Dans le cadre d’un accord sur l’intéressement, la logique est légèrement détournée : celui-ci ne prend effet qu’à la seule et stricte réalisation d’une performance, d’un objectif. La vocation de l’intéressement est d’associer les salariés aux performances de l’entreprise. Or le partage de la richesse produite par le travail n’a pas vocation à être soumis à l’accomplissement d’objectifs. Cela nous pose plusieurs problèmes :
- L’intéressement ne correspond pas à une redistribution par le salaire mais à une prime. Cette prime, recalculée chaque année, donne l’illusion d’une faveur accordée aux salariés alors que la richesse est produite quoi qu’il arrive. Pour toucher cet argent l’année prochaine, ils devront faire encore mieux !
- Le montant de la prime étant indexé sur la validation des objectifs, toute l’enveloppe prévue pour l’intéressement n’est pas redistribuée. Ainsi, en 2016, l’enveloppe prévoyait 450 000€. Néanmoins nous n’avons atteint que 3 des 5 objectifs fixés. De ce fait les sommes versées ont été limitées à 315 000€. Soumettre la redistribution à des objectifs permet donc à l’entreprise d’économiser une belle somme : si dans cet exemple les objectifs avaient été atteints à 100%, nous aurions bien perçu les 450 000€ !
- L’accord sur l’intéressement prévoit que la prime n’est pas versée de façon égale entre les salariés : cette somme varie selon le temps de travail corrigé des absences pour maladie non rémunérées par l’Ensemble Hospitalier, les absences non rémunérées ou irrégulières, … Cette clause amplifie l’effet méritoire de l’intéressement qui juge de l’engagement personnel du salarié (quand bien même il serait malade avec des jours de carence, ou qu’il ait défendu les droits des travailleurs par la grève). Les sommes ainsi récupérées étant réparties sur les biens portants et les « bons éléments ».
- L’intéressement justifie de ne pas attribuer plus de moyens aux services : puisque nous avons eu d’excellents résultats (nous avons fait des bénéfices, vous en avez profité par la prime ! CQFD), nous pouvons rester à effectifs et moyens constants. Si le résultat est vraiment bon, nous pourrons faire des économies.
- L’Institut Curie n’est pas une entreprise comme les autres. Ses missions d’utilité publique : la recherche, les soins et l’enseignement, sont incompatibles avec une logique marchande, de productivité.
PEE et PERCO, ou comment ils capitalisent sur notre travail
Les accords concernant l’épargne salariale et signés par la CFE-CGC, la CFTC et FO permettent aux salariés de capitaliser leur temps de travail, c’est-à-dire la richesses qu’ils créent par le travail. À la CGT, nous sommes opposés à la financiarisation du travail et regrettons le choix d’une société financière telle qu’Amundi. Dans le cadre de l’intéressement, la Direction nous invite à choisir entre toucher l’argent, l’épargner pour 5 ans minimum sur le PEE ou jusqu’à la retraite sur le PERCO. Qu’est-ce qui est si bloquant pour nous ?
- Comme évoqué auparavant, la richesse créée par le travail doit être redistribuée. Elle n’a pas vocation à être capitalisée mais doit aller au salaire. Les sociétés de gestion d’actifs comme Amundi sont des sociétés boursières qui spéculent avec l’argent que nous leur versons. Dans le cadre de l’intéressement, Amundi nous propose de choisir le niveau de risque que nous souhaitons prendre, nous incitant ainsi à jouer à la loterie avec le fruit de notre travail quotidien. Évidemment, nous considérons que spéculer sur le travail, notamment dans nos corps de métiers, est une aberration !
- Sur la forme, nous regrettons l’aspect incitatif qui pousse le personnel à épargner plutôt qu’à percevoir l’intéressement. En effet, la Direction abonde différemment les sommes versées selon le choix que vous opérez : si vous placez votre prime sur le PERCO vous obtiendrez ainsi 104,56€ de plus que si vous choisissez de le percevoir sur votre fiche de paie. Cela s’explique notamment par des exonérations de cotisations sociales et des arrangements financiers avec Amundi : plus il y a d’argent épargné, plus l’opération est rentable. Il n’est pas intéressant pour Amundi que les salariés récupèrent immédiatement les sommes dues puisqu’elles ne transitent pas sur les marchés financiers et ne rapportent rien.
- Depuis la Loi Macron, cette aberration devient la norme puisque sans retour de votre part, la prime sera automatiquement épargnée. Amundi se régale.
Quel est le modèle que défend la CGT ?
Dans un institut reconnu d’utilité publique les bénéfices doivent aller à l’investissement et au salaire. Ils doivent permettre de soulager les équipes en améliorant la qualité de vie au travail ou en recrutant du personnel. Ils doivent être répartis également entre les salariés et versés pendant toute une carrière, sous forme de salaire soumis à cotisations sociales. C’est cette cotisation qui permet de financer la Sécurité Sociale et la Retraite et qui préserve notre modèle social. Il ne faut pas que la richesse créée par notre travail serve à donner des miettes aux salariés qui l’ont produite : cette richesse, c’est nous qui l’avons créée ! Si nous acceptons une prime d’intéressement, nos réelles revendications seront muselées : difficile dès lors de demander une augmentation des moyens ou des salaires si nous nous contentons d’un partage arbitraire du fruit de notre travail. La CGT rejette le choix de la Direction de rémunérer les salariés de l’Institut Curie en augmentant la part variable de la rémunération (à travers la prime d’intéressement) : un travail est payé par un salaire, et non pas en échange d’une prime aléatoire qui impacte aussi la constitution d’un autre salaire, indirect certes, mais fort utile : la retraite !
Moins de salaire et de cotisation c’est moins de retraite et de Sécurité Sociale. Aucune prime ne pourra le compenser !
Pour mieux comprendre les enjeux de la cotisation : Bien lire la fiche de paye

