NAO 2017 – pourquoi la CGT ne signe pas ?

Le 6 juillet, une Assemblée Générale des adhérents et des élus CGT des sites de Paris, de Saint-Cloud et d’Orsay a décidé à la quasi unanimité de ne pas signer l’accord d’entreprise portant sur la négociation annuelle obligatoire (NAO) 2017. Cette décision n’a pas été facile à prendre et a suscité de nombreux débats au sein des militants. Quelques points répondent en effet aux demandes formulées par la CGT et nous nous en réjouissons. D’autres comblent les inégalités de droits entre les travailleurs des différentes entités (EH, CR, Siège) ou annoncent des négociations futures (sur le droit à la déconnexion). Néanmoins nous ne pouvons accepter la philosophie de cet accord et nous nous devons de vous expliquer pourquoi.

Des mesures bienvenues et pérennes

Les NAO 2017 conduisent à quelques avancées significatives pour les salariés de l’Institut Curie :

  • Pour tous, le remboursement des frais de transport passera de 65% à 70% (pour ceux qui souscrivent à un abonnement annuel).
  • Les personnels qui se rendent à l’Institut Curie à vélo bénéficieront d’une indemnité de 0,25€ par kilomètre parcouru (si ils ne possèdent pas de pass Navigo et dans une limite de 200€ par an).
  • Les heures de rentrée scolaire sont étendues aux salariés du Siège, de la Recherche et au personnel de nuit.
  • Au Siège, l’enveloppe pour la prime de garde d’enfant a été réévaluée à hauteur de 14000€ (8000€ € initialement prévus suite à une mauvaise évaluation de ce budget au moment de la création du Siège).
  • À l’Ensemble Hospitalier, les personnels de nuit bénéficient désormais de deux jours de repos supplémentaires dits « d’assiduité ».

Voilà, vous savez tout. Les droits acquis par les salariés de l’Institut Curie en 2017 se résument à ces cinq mesures. Bien sûr, quelques articles sont intéressants comme le renouvellement des conventions pour les séances d’ostéopathie et chiropraxie pour les personnels de l’EH (pourquoi ne pas les avoir étendues au Siège et à la Recherche ?), et des mesures légales (obligatoires donc) comme l’augmentation du point d’indice aux grilles salariales au Centre de Recherche. Pour le reste, des primes…

Des primes, des primes, déprime…

Le gros des NAO consiste à répartir des primes en fonction du degré de dégradation des conditions de travail des personnels, ou pour les fidéliser :

  • Une enveloppe de 50000€ a été débloquée pour les futurs bio-informaticiens embauchés (du centre de recherche uniquement) car le marché du travail est tendu. Ainsi on incite ces professionnels à venir et à rester à Curie en leur offrant une carotte qu’ils ne reverront pas l’année prochaine. Cette situation s’est déjà produite dans le passé. En 2005, les nouveaux manips, IDE, IADE, puéricultrices et IBODE de l’EH ont bénéficié d’une prime d’installation de 1830€ bruts s’ils s’engageaient à rester 18 mois à leur poste. Aujourd’hui ces personnels ont beaucoup de mal à faire valoir leurs revendications.
  • À l’Ensemble Hospitalier, une prime exceptionnelle de 75€ bruts est accordée par le Comex pour « remercier les personnels de leur travail réalisé dans des conditions parfois difficiles en raison des travaux ». Il faut comprendre que la Direction nous demande de l’excuser pour sa mauvaise gestion de ces travaux qui a conduit à la dégradation de nos conditions de travail (et de l’accueil des patients). Cette mesure ne s’applique pas bien sûr aux chercheurs qui travaillent à l’hôpital et au personnel du Siège qui ne seraient donc pas concernés par les nuisances… Nous pouvons remercier le Comex pour les 75€ bruts qu’il concède à nous offrir contre notre silence et croiser les doigts pour que sa clémence soit reconduite chaque année dans le cadre du projet architectural sur les trois sites : désormais on connait le barème !
  • La prime d’or revient bien sûr à la prime exceptionnelle pour les salariés du niveau -3 (Paris). Au quotidien, et notamment pendant les travaux du bloc opératoire, nos collègues travaillent dans des conditions insupportables : nuisances sonores, olfactives (cuve à graisse et évacuation des sanitaires), déménagements successifs, pannes électriques et empoussièrement majeur. Plutôt que de trouver des solutions durables pour permettre à nos camarades de travailler dans des conditions décentes, la direction a décidé de verser une prime de 250€ bruts aux salariés postés en permanence à ce niveau. Nous sommes ravis pour nos collègues pour lesquels cette prime représente une part importante de leur revenu. Néanmoins cette pratique n’est pas acceptable :
    – Tout d’abord, cette mesure ne s’applique qu’aux salariés qui n’ont pas été absents plus de 5 jours en 2016. Or, nous le savons, plusieurs arrêts de travail ont été déposés pour maladie, des suites justement des mauvaises conditions de travail. Nous serons très vigilants à ce que TOUS les salariés du -3 aient bien reçu cette prime.
    – Mais surtout, les conditions de travail ne s’achètent pas. La santé des personnes n’a pas de prix. Nous ne pouvons accepter de voir nos collègues respirer la poussière des chantiers ou s’éclairer à la lumière de leur téléphone. Le CHSCT a alerté à de nombreuses reprises sur les conditions de travail de nos collègues qui ont fait valoir plusieurs fois leur droit de retrait. Espérons que cette situation ne mène pas à un accident grave. Forts de ce constat, nous refusons de croire qu’une prime pourrait acheter le silence des salariés. Cette seule mesure nous pousse à refuser de signer les NAO.

De façon plus générale et comme nous l’évoquions dans cet article nous sommes opposés au concept de prime. Les acquis doivent être pérennisés tout au long de la carrière sous forme de salaire soumis à cotisations sociales. Ces cotisations permettent de financer les organismes et les caisses qui nous protègent de tous les « risques » de la vie comme le chômage, la vieillesse, la famille et la maladie (incluant les accidents du travail et les maladies professionnelles). Elles préservent notre modèle social. À chaque fois que les cotisations sont attaquées (gels, exonérations, suppressions) c’est tout ce modèle qui est fragilisé et, par voie de conséquence, l’ensemble des travailleurs. Les gouvernements successifs œuvrent à la destruction morceau par morceau de la Sécurité Sociale. Le but est avoué : contraindre les salariés à souscrire des assurances privées (mutuelles, retraites complémentaires, supplémentaires…) qui viennent se substituer aux caisses collectives (dont ils ne tirent aucun profit). Cette démarche est d’autant plus facile que beaucoup de travailleurs méconnaissent le fonctionnement de la Sécurité Sociale et sont culpabilisés sans cesse par les médias (les « charges » sociales coûtent trop cher, les travailleurs creusent le « Trou de la Sécu »). Dans ce climat qui perdure depuis plusieurs dizaines d’années, il est impossible d’envisager la mise en œuvre de politiques ambitieuses de service publique. Pour en savoir plus sur la cotisation, vous pouvez lire cet article.

Les employeurs (aussi à l’Institut Curie) jouent le jeu de cette destruction du Modèle Social et les primes en sont un exemple frappant. Si nous acceptons ces primes, nous validons le fait que nos conditions de travail peuvent être achetées. Nous consentons à un barème qui déterminerait le montant de la prime en cas de travaux dans tel ou tel service. Nous ne voulons pas être « remerciés » de travailler dans des conditions difficiles. Nous voulons travailler dans des conditions normales. Nous préférons, aux primes, des augmentations de salaires.

 

Et du dialogue social

Pour aller plus loin, nous voulons vous interpeler sur le « Dialogue Social » tant plébiscité par notre Direction et nos dirigeants politiques.

À la CGT nous sommes attentifs à veiller aux intérêts des salariés de l’Institut Curie. À l’écoute et constructifs, nous travaillons pour apporter en négociation des idées fortes afin d’obtenir de nouveaux droits pour les travailleurs. Au quotidien, lorsque nous tentons de convaincre la Direction de l’importance de nos revendications, elle nous oppose deux camps : les raisonnables (eux) et les idéologues (nous vous recommandons le visionnage de cette vidéo sur ce sujet). Nous savons que nos positions sont marquées idéologiquement : elles ont été construites dans l’histoire par ceux qui nous ont précédés, dans les luttes syndicales et politiques, loin des doctrines dogmatiques des marcheurs de l’Elysée. Les intérêts des salariés sont différents des intérêts des employeurs. Personne ne peut croire qu’un employeur et un salarié peuvent parler d’égal à égal : il existe de fait entre eux un lien de subordination. Pour défendre leurs intérêts, les travailleurs doivent se regrouper. C’est le rapport de force qui a permis toutes les grandes avancées sociales depuis cent ans. Pas le dialogue social.

Il n’y a pas de dialogue social possible dans l’entreprise sur les sujets essentiels (progressistes) et nous le voyons bien : les NAO 2017 ne donnent presque aucun droit nouveau aux salariés, malgré nos revendications. Depuis plusieurs années, nous avons l’impression de négocier les miettes que la Direction aurait accepté de nos offrir. Cette année, sur tous les sujets importants (augmentation des salaires, passage automatiques des B en C au bout d’un an, 32 heures, salaire minimum à 1800€ bruts, …), la réponse de la Direction s’est soldée par un « non » dans un tableur Excel. Aucune contre proposition. Aucune discussion. Bien sûr, nous avons eu notre prise en charge des frais de vélo, mais cela ressemble plus à une mesurette qu’à une avancée significative des droits des salariés. Aucune ligne sur les salaires malgré les efforts consentis par les salariés et les résultats excédentaires. Pas d’augmentation de l’enveloppe du CE, pas de commission du personnel pour l’avancement du personnel.

Un élément supplémentaire pose question dans ce dialogue social, c’est le manque de concertation des organisation syndicales entre elles qui n’ont ainsi aucune stratégie commune pour défendre les intérêts des salariés. Malgré nos différences de fond, nous devons travailler au mieux pour tous et non pas au moins pire ! L’autocensure et la politique du « limiter la casse » des syndicats doivent absolument cesser si nous voulons préserver ce qui nous reste de droits. La mobilisation est plus que jamais nécessaire !

Dans ces conditions, nous alertons les travailleurs de l’Institut Curie du futur qui les attend : lorsque les ordonnances Macron auront renversé la hiérarchie des normes et que l’accord d’entreprise primera sur le Code du Travail, qui défendra vos intérêts ? À la CGT, nous n’accepterons pas de négocier le poids des chaînes.

Il est temps de transformer le dialogue social, d’inverser le rapport de force. Pour cela chacun doit se sentir concerné, s’informer, participer et agir…

Imprimer cet article Télécharger cet article