C’est fait ! Emmanuel Macron est le nouveau Président de la République.
Profitant d’une droite empêtrée dans les affaires et d’une « gauche » fratricide, Macron n’a eu qu’à attendre que la presse le place au deuxième tour. Le Front Ripoublicain a eu tôt fait de le donner vainqueur, placé comme il était face à Marine Le Pen, la meilleure alliée du système. À l’obscurantisme raciste nous avons préféré l’obscurantisme libéral, et nous avons poussé un soupir de soulagement voyant apparaître le visage du nouveau Président sur notre écran de télévision le soir du 7 mai. Seulement voilà : à peine arrivé à l’Élysée, Macron annonçait la couleur. Il sera le Président qui aura libéré (délivrééééééééé ?) le Travail.
Travail outragé, Travail brisé, Travail martyrisé mais Travail libéré !
Emmanuel Macron, mai 2022
Ni de gauche, ni de gauche, Macron a déjà œuvré pour cette grande cause.
En août 2015, le ministre de l’Économie fait voter la Loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, dite « Loi Macron ». Première pierre à l’édifice anti-Code du Travail du nouveau président, cette Loi facilite notamment le travail le dimanche et la nuit et libéralise certaines professions réglementées. Plus largement, elle ancre la logique libérale dans le Code du Travail, oubliant que derrière la croissance il y a des travailleurs, dont la raison de vivre n’est pas uniquement de consommer. Notez qu’aujourd’hui le sort des travailleurs n’est plus entre les mains du Ministère du Travail (comme sous Ambroise Croizat), mais de celui de l’Économie. Un aveu d’intention.
C’est à l’été 2016 que les français ont compris les dangers du « projet » d’Emmanuel Macron. Avec l’application de la Loi Macron 2, la Loi El Khomri (ou Loi Travail), le projet des libéraux prend une autre ampleur : primauté de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche, facilitation du licenciement économique, augmentation du temps de travail sur simple accord d’entreprise, affaiblissement de la fonction syndicale, référendum d’entreprise, généralisation du forfait jour… Cette loi scélérate n’a qu’un but : moins de Loi, plus d’accords. En d’autres termes, un Code du Travail à la carte par entreprise.
Aujourd’hui, Emmanuel Macron nous promet d’aller plus loin encore. Le nouveau gouvernement souhaite une réforme rapide. Selon les déclarations du candidat et de son équipe de campagne, la procédure devrait être engagée dès cet été, par le biais d’ordonnances. Plus rapide qu’un débat à l’Assemblée, plus facile qu’une négociation avec les syndicats et plus pratique que le 49-3, les ordonnances permettent de décider seul, sans tenir compte de l’avis des travailleurs ou de celui du Parlement. Monsieur Macron continue sur sa lancée sans même se soucier des conséquences de ses précédentes réformes : baisse de la rémunération des heures supplémentaires, suppression du suivi renforcé des femmes enceintes par la médecine du travail ou encore affaiblissement des droits des salariés en cas de cession d’entreprise (les plans sociaux de Vivarte, Tati ou Whirpool parlent d’eux-mêmes) par exemple.

Au programme de cette réforme :
- Donner la priorité aux accords d’entreprise (et donc à la négociation d’entreprise) pour réglementer les relations entre les employeurs et les salariés, et notamment les conditions de travail. Cela créera des inégalités entre les entreprises, en fonction de leur taille, leur secteur ou leur situation géographique ou simplement leurs dirigeants. Un Code du Travail par entreprise;
- Définir les règles du jeu non plus par la Loi mais au niveau de chaque entreprise, entre la direction et les syndicats. À défaut d’accord syndical, la direction pourra soumettre ses propositions aux salariés en organisant un referendum, avec toute les dérives que cela peut supposer. De plus, une mesure pourra être imposée par référendum contre l’avis de 70% des syndicats;
- Plafonner les indemnités prudhommales versées aux salariés en cas de licenciement abusif;
- Permettre de fractionner les 11 heures de repos obligatoires et de décompter les temps d’astreinte du temps de repos. Passer de 10h à 12h de travail quotidien sur simple accord;
- Étendre le forfait jour pour ne plus décompter le temps de travail;
- Fusionner les organes représentatifs du personnel dans les entreprises. Aujourd’hui, la délégation unique du personnel (DUP) permet de regrouper le comité d’entreprise et les délégués du personnel au sein d’une seule instance commune. Seules les entreprises ayant entre 50 et 299 salariés peuvent aujourd’hui la mettre en place. Macron souhaite étendre cette faculté à toutes les entreprises, de manière automatique;
- Diminuer la part patronale des cotisations maladie et chômage de nos fiches de paye qui constituent le socle de notre protection sociale. En compensation, augmenter le taux de la CSG prélevée sur les salaires : la taxe la plus injuste puisqu’elle ne correspond pas à du salaire indirect et n’est supportée que par les travailleurs. Regardez cette vidéo pour comprendre.

Le monde que dessine Monsieur Macron, c’est le monde de l’individualisme et du chacun pour soi. Les valeurs de notre République, qu’il ne cesse de célébrer dans ses discours sont pourtant celles de la solidarité, du partage et des protections collectives. À ces valeurs, les libéraux qui nous dirigent préfèrent les initiatives individuelles, le mérite, le profit. En nous faisant croire que (le Dieu de) la Croissance va revenir en détricotant le Code du Travail, le Président Macron se trompe de cible. Le problème ne vient pas de la rigidité du Travail, mais de la distribution des richesses produites par le Travail. Chacun doit en avoir conscience : la modernité ne vient pas de la flexibilité (ou de l’aliénation des travailleurs) mais de la répartition. Il faut diminuer la part du capital pour augmenter celle des salaires (et donc de la cotisation). C’est seulement de là que viendra la paix sociale.
D’ici là, chacun a un rôle à jouer pendant ce nouveau quinquennat. Si tu veux aller vite, marche seul mais si tu veux aller loin, marchons ensemble.
À la CGT, nous porterons nos valeurs pour lutter contre l’obscurantisme libéral d’Emmanuel Macron. Dès aujourd’hui et au quotidien nous défendrons les droits des travailleurs, à l’Institut Curie comme à l’échelle nationale, dans la rue, à vos côtés. Nous aurons besoin de vous.
L’homme qui lutte pour autrui est meilleur que celui qui lutte pour lui-même.
Clarence Darrow
