Vidéo – Se sortir des éléments de langage culpabilisants

Nous ne sommes pas dingues quand nous trouvons que de monter des « projets » du matin au soir n’est pas la définition du bonheur. Pourtant, autant dans la sphère médiatique que dans l’entreprise, nous entendons au quotidien le même vocabulaire. Notre langage s’est étoffé de belles phrases consensuelles qui nous aident à fermer les yeux sur notre propre aliénation : nous ne sommes plus des travailleurs, ni même des salariés, mais des « collaborateurs », voire des « ressources humaines ». Les grévistes sont devenus des « preneurs d’otage » et nous pratiquons la « discrimination positive ».
Tous ces éléments de langage, cette langue de bois, nous invite à consentir à ce qui semblait autrefois impossible : à nous sentir coupables d’être différents, à renier nos convictions, à nous soumettre à l’autorité du seul maître : le « Marché du travail » (que nous devrions appeler le « Marché de l’Emploi »).Depuis plusieurs années, la SCOP (Société coopérative et participative, qui d’ailleurs s’appelait autrefois « Société Coopérative Ouvrière de Production ») Le Pavé anime des Ateliers de Désintoxication pour échanger sur ce sujet. Voici quelques exemples de langue de bois entendus au quotidien :

  • Les faux amis : quand on appelle un chef du personnel un « directeur des ressources humaines » : c’est l’effacement et la dissimulation des hiérarchies… ou quand on nous parle de « réforme », qui annonce donc une stagnation voire un recul, c’est à dire le contraire d’une réforme.
  • Les enjoliveurs : quand on appelle un balayeur un « technicien de surface », ou une caissière une « hôtesse de caisse ». Sans parler des ambassadeurs du tri !!!
  • Les technicisateurs : quand on appelle un clochard un « Sans domicile fixe », puis un simple « SDF » : cette désignation technique remplace une désignation sociale et nous empêche de penser politiquement le problème.
  • Les anglicismes : quand on appelle un contremaître un « coach ». La classe ! Mais on oublie que son unique but est de rationaliser et surveiller la production.
  • Les antiphrases : quand on appelle un licenciement collectif un « plan de sauvegarde de l’emploi ».
  • Les oxymores : quand on appelle l’inégalité : « l’égalité des chances ». Soit c’est l’égalité, soit c’est les chances… il faut choisir. L’égalité des chances est la définition même de l’inégalité !!!
    Ou encore quand on appelle la fragilisation du Travail : « la flexisécurité ».
  • Les euphémismes : quand on appelle les pays pauvres « les suds », les expulsions des « procédures d’éloignement », les massacres de civils des « dégât collatéraux ».
  • Les sigles  : quand on appelle une tentative de suicide une « T.S. », qu’on travaille dans le « CUCS pour l’ANRU en contrat CAE »…
  • Les métonymies : quand on assimile l’entièreté d’une personne à un statut ou une facette de sa personnalité : un RMIste, un Alzheimer, un travailleur handicapé…
  • Les pléonasmes : quand on appelle la soumission du « lien social » : que serait du lien qui ne serait pas social ?
    ou le plus mensonger : la « démocratie participative » qui est en réalité une forme d’aveu sur la réalité de la démocratie telle que nous la vivons.
  • Les faux ennemis : quand on appelle les cotisations patronales : des « charges sociales ». La cotisation n’est pas une charge car elle est le socle de notre modèle social. Le salaire indirect que la cotisation (patronale et salariale) représente est incarné notamment par la Sécurité Sociale.
  • Les hyperboles : quand on requalifie un retard à la SNCF ou une grève en « prise d’otage », comme pour nier les raisons des ces problèmes et désolidariser les uns des autres.

Plus d’infos sur le site du Pavé dont est issu la majorité du contenu de cet article : Le Pavé – désintoxication du langage

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