La loi HPST et la loi dite « de modernisation de notre système de santé » ont toutes les deux ôté du sens à l’exercice de nos métiers. Les restrictions imposées par les politiques de santé austéritaires ont majoré nos difficultés, aliénant les professionnels que nous sommes à des conditions de travail dégradées au sein de nos établissements publics comme dans ceux du secteur privé. Notre système de santé meurt sous les coups des injonctions de rentabilité en lieu et place d’une réelle prise en charge individualisée des patients. Depuis plusieurs années maintenant, certain.e.s professionnel.le.s déconcerté.e.s par la perte de sens du travail témoignent de cette difficulté. La multiplication des gestes désespérés est un marqueur fort de ce malaise. Nos propres pleurs ou ceux d’une collègue sont l’expression d’une détresse intime due à cette course effrénée à l’acte marchand qui nous laisse coupable et majore notre insatisfaction au travail. La solution est de revoir l’attribution des moyens humains qualifiés et financiers suffisants à la prise en charge de qualité de la population. C’est le regroupement collectif qui permettra enfin de réagir à cette volonté de morceler les professions, saccader les rythmes de travail et retrouver le goût d’un travail épanouissant.
Travail infirmier : qu’est ce qui ne va plus ?
En 2017, la profession regroupe 600 000 infirmièr.e.s exerçant en France. 50% d’entre elles/eux exercent dans la Fonction Publique Hospitalière, 30 % dans le champ du privé et 15 à 20 % ont un exercice libéral. Les politiques de santé successives ont notablement détérioré leurs conditions de travail. Salaires, reconnaissance professionnelle, formations initiales et continues ne sont pas à la hauteur, quelle que soit la catégorie choisie. La politique nationale de restrictions budgétaires, a aggravé nos conditions de travail. Nous travaillons moins en durée, mais beaucoup plus en intensité !
Une profession toujours aussi mal payée
Les niveaux de salaire des infirmier.e.s en France sont les plus bas de tous les pays développés ! C’est ce que nous apprennent les chiffres de l’Organisation de Coopération et de Développement (OCDE), à l’occasion de la publication de son « Panorama de santé » pour 2017. Tout comme en 2013 et 2015, la France conforte sa place en queue de peloton !

- Notre pays se place au 26ème rang sur 29 !
Les 4,2 milliards d’économies supplémentaires de la Loi de Financement de la Sécurité Sociale 2018 donnent peu d’espoir sur une amélioration de cette situation. Les contenus professionnels sont en perpétuelle évolution et intègrent de nouveaux savoirs, de nouvelles pratiques qui doivent être reconnues par une traduction statutaire et conventionnelle. Depuis des années les ministères de la santé, méprisent les professionnel.le.s en institutionnalisant un décrochage entre le niveau de qualification et le salaire. Pour nombre de salarié.e.s, le recours au cumul d’emploi est révélateur d’un décrochage entre le salaire et le pouvoir d’achat. Ainsi la part des richesses produites consacrées au salaire continue de diminuer au profit de celle réservée aux actionnaires. Les choix politiques des pouvoirs publics maintiennent au plus bas les augmentations de salaire, quand dans le même temps, les niveaux de qualifications continuent de progresser. Ces stratégies de non reconnaissance des qualifications se généralisent dans toutes les professions de santé.
Il faut mettre nos rémunérations au regard de celle de nos dirigeants. Le Canard Enchaîné a par exemple dénoncé récemment le compromis trouvé par l’ARS pour rémunérer le nouveau directeur du centre Paul-Strauss. Tout le monde ne doit pas faire le même effort…

La CGT revendique
- L’ouverture d’une véritable négociation salariale, pour faire reconnaître les réelles qualifications de toutes les professions sur la base d’un SMIC réévalué en fonction du coût de la vie,
- L’intégration des primes au salaire de base,
- Le doublement du salaire au cours de la carrière,
- La suppression des quotas pour l’accès à la classe supérieure,
- Une revalorisation salariale en adéquation avec nos responsabilités et notre niveau d’étude (Licence).
- Un salaire d’embauche et un déroulement de carrière linéaire.
- La péréquation pour les retraité.e.s.
- Des embauches en adéquation avec la charge de travail dans les services. Etre en nombre pour un travail individualisé à la personne soignée et assurer des soins en sécurité.
- Retrouver la reconnaissance de la pénibilité de notre profession qui se traduirait par un départ anticipé à la retraite.
- Retrouver des organisations de travail mettant le patient au cœur de nos préoccupations et des moyens pour fonctionner.
- Respecter notre vie privée, retrouver la possibilité de concilier vie privée et vie professionnelle
- Respecter nos temps de repos, nos congés annuels, fin des rappels interdits pour combler les absences.
- Retrouver du temps pour prendre du recul sur nos pratiques professionnelles et pour retrouver une cohésion d’équipe.
- Retrouver du temps de formation choisi par les professionnels selon leurs besoins.
- Le refus de l’Ordre infirmier, instance privée correspondant à une chambre disciplinaire.
Seul.e.s, les professionnel.le.s de santé, fortement mobilisé.e.s peuvent faire infléchir le gouvernement, en construisant un rapport de force.
Nous ne sommes pas responsables des pénuries de personnels, stoppons la pression ! Trop de collègues y laissent leur vie, alors luttons collectivement pour retrouver du sens au travail.
Sources : Encart Options n°625 et Bulletin Fédéral n°2018/01 CGT Santé
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Our health system suffers from a disastrous requirement of profitability to the detriment of a real individualized care for patients. For several years, some professionnals getting disconcerted by the loss of meaning of their work witness this difficulty.
